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Réalisation · Maison construite

MAISON LOFT

Le projet

Cette maison loft de 184 m² a été créée en cœur d’îlot à partir des anciennes annexes d’une boucherie situées derrière un immeuble sur rue. Le projet transforme profondément l’existant par extension, surélévation et création d’un sous-sol. Mais son caractère vient surtout de son organisation intérieure : séjour développé sur plusieurs niveaux, coursive, escaliers ouverts, grandes baies inspirées des ateliers et planchers de verre composent un espace vertical où lumière, vues et parcours traversent la maison.

HABITER UN LOFT VERTICAL

La maison se développe sur plusieurs niveaux sans fonctionner comme une simple superposition d’étages. La pièce à vivre du rez-de-chaussée se déploie elle-même sur plusieurs hauteurs. Une coursive longe la façade et met en relation deux escaliers : le premier accompagne les différences de niveau du séjour ; le second, accroché au mur pignon, poursuit le parcours vers l’étage supérieur.

Les circulations ne sont donc pas rejetées dans des espaces fermés. Elles appartiennent au volume habité. Depuis le séjour, on perçoit simultanément les grandes baies, la coursive, les escaliers et d’autres niveaux de la maison. En se déplaçant, de nouvelles perspectives apparaissent. Le caractère de loft vient précisément de cette continuité. Les différents usages conservent leur place, mais les espaces restent visuellement liés.

Escaliers ouverts, coursive et plancher de verre mettent en relation les différents niveaux du loft.

DILATER L’ESPACE PAR LES PERSPECTIVES ET LES TRANSPARENCES

Toutes les parties de la maison ne disposent pas de grandes dimensions. L’architecture travaille donc sur autre chose que la seule surface : profondeur des perspectives, transparences, différences de niveaux et perception simultanée de plusieurs espaces. Une partie plus resserrée peut déboucher sur un volume plus ample.

Depuis un niveau, le regard peut atteindre un espace situé plus haut ou plus bas. Les escaliers ouverts, la coursive et les surfaces vitrées prolongent encore ces perceptions. Cette alternance crée des effets de contraction et d’expansion au cours du parcours. La sensation d’espace varie selon ce que l’on voit depuis l’endroit où l’on se trouve.

Un espace contenu peut ainsi acquérir une profondeur importante lorsque le regard ne s’arrête pas à ses propres limites. La qualité du loft ne résulte donc pas d’un grand plateau uniforme. Elle vient au contraire des relations établies entre des espaces de dimensions, de niveaux et de situations différentes.

Les transparences et les perspectives prolongent visuellement les espaces au-delà de leurs dimensions propres.

FAIRE DESCENDRE LA LUMIÈRE JUSQU’AU SOUS-SOL

La maison bénéficie d’une exposition plein sud. Cette lumière est utilisée au-delà des seules pièces directement ouvertes sur la façade. Dans le séjour, deux grandes baies aux proportions proches de celles de verrières d’atelier éclairent le volume principal. Une partie du plancher est réalisée en verre.

La lumière peut ainsi atteindre le niveau inférieur tandis qu’une relation visuelle est maintenue entre le séjour et le sous-sol. À ce niveau, un second salon bénéficie également d’une grande baie donnant sur une cour anglaise. Le niveau inférieur n’est ainsi pas conçu comme un espace aveugle séparé de la maison. La lumière et les transparences l’intègrent à la continuité spatiale du loft.

FAIRE D’UN ESPACE ÉTROIT UNE CUISINE TOUT EN LONGUEUR

Une partie étroite et longitudinale de la construction existante devait être conservée. Sa géométrie aurait pu être considérée comme un défaut à corriger. Le projet choisit au contraire d’en faire la cuisine. L’aménagement exploite directement sa longueur : équipements et plan de travail accompagnent l’espace tandis qu’un long îlot-bar organise son centre.

Sur le côté, une verrière se développe le long de la façade et apporte de la lumière sur une grande partie de sa profondeur. La cuisine ne cherche donc pas à ressembler artificiellement à une pièce plus large. Elle tire son identité de la géométrie particulière dont elle hérite.

PROLONGER LA CUISINE JUSQU’À LA TERRASSE ET À LA PISCINE

La longueur de la cuisine trouve son prolongement à l’extérieur. Dans son axe, le regard conduit jusqu’à la terrasse et à la piscine aménagées dans l’ancienne cour arrière. La profondeur de la pièce se prolonge ainsi visuellement bien au-delà de sa façade. Cette relation modifie la perception d’un espace intérieur pourtant relativement étroit.

L’intérieur appartient ainsi à une séquence plus longue que ses propres dimensions. Lorsque les ouvertures permettent aux usages de se prolonger dehors, cette continuité devient également fonctionnelle. L’ancienne cour de service change alors complètement de statut. Elle devient un véritable espace de vie extérieur au cœur de l’îlot et participe à la profondeur avec laquelle la maison est perçue.

L’ancienne cour arrière devient un espace extérieur directement lié à la maison et à la piscine.

DES GRANDES BAIES QUI RENDENT LES VOLUMES INTÉRIEURS LISIBLES

Depuis la piscine, la façade traduit le développement vertical de la maison. Les grandes baies sombres se superposent sur plusieurs niveaux et contrastent avec les surfaces claires de la construction. Leur dessin rappelle le vocabulaire des verrières d’atelier présent dans certains espaces intérieurs.

Ces ouvertures ne constituent pourtant pas une composition de façade indépendante. Leurs dimensions correspondent aux grands volumes et aux relations recherchées entre intérieur, cour et différents niveaux. Elles remplissent ainsi plusieurs fonctions : éclairer les espaces, ouvrir les vues vers la cour, accompagner les différentes hauteurs et rendre perceptible l’organisation intérieure depuis l’extérieur.

La façade ne masque donc pas le fonctionnement de la maison derrière une composition autonome. Elle donne à lire une partie des relations spatiales qui existent derrière elle.

TRANSFORMER D’ANCIENNES ANNEXES COMMERCIALES EN MAISON DE VILLE

L’architecture achevée donne peu d’indices sur le point de départ du projet. À l’arrière de l’immeuble sur rue se trouvaient la chambre froide et le laboratoire d’une boucherie, développés sur deux niveaux. Le projet ne pouvait donc pas être pensé comme une maison neuve implantée sur un terrain libre.

Il devait composer avec les constructions existantes et avec les possibilités réglementaires de leur transformation. Une partie du bâti est conservée. D’autres surfaces sont créées par extension et surélévation, tandis qu’un niveau inférieur est aménagé sous une partie de l’existant. Les règles déterminent ici ce qui peut être transformé ou développé.

Elles ne déterminent ni les perspectives intérieures, ni les relations entre les niveaux, ni la lumière du loft. Les modalités précises de calcul des surfaces autorisées appartiennent à l’analyse réglementaire propre à l’opération et ne sont pas extrapolées ici. La maison résulte ainsi de la transformation des possibilités offertes par l’existant en une nouvelle architecture habitable.

CONSTRUIRE AU FOND D’UNE PARCELLE ACCESSIBLE PAR UN PASSAGE DE 1,20 M

La maison achevée ne laisse guère percevoir les conditions dans lesquelles elle a été construite. Depuis la rue, le chantier était accessible par le passage de l’immeuble, large d’environ 1,20 mètre. Cette largeur limite fortement les possibilités de circulation des engins, d’approvisionnement et de stockage.

Or le chantier devait simultanément intervenir sur l’existant, créer un sous-sol, évacuer les terres, réaliser les nouveaux ouvrages et construire une piscine au fond de la parcelle. La difficulté ne vient pas nécessairement de la nature de chaque ouvrage pris isolément. Elle vient également des conditions dans lesquelles il faut parvenir à le réaliser. Dans un cœur d’îlot, l’accès peut ainsi devenir aussi déterminant pour le chantier que certains ouvrages de la maison.

CRÉER UN SOUS-SOL SOUS UNE CONSTRUCTION EXISTANTE

Le projet ne se développe pas seulement par extension et surélévation. Un niveau supplémentaire est également créé sous une partie de la construction existante. Cette intervention possède une réalité constructive particulière : la source ancienne du projet indique qu’elle a nécessité une reprise des fondations en sous-œuvre.

La création du sous-sol permet de gagner de la surface et participe à l’organisation de la maison. Le niveau inférieur accueille notamment un second salon. Un plancher de verre le met en relation avec le rez-de-chaussée tandis qu’une cour anglaise et sa baie lui apportent une ouverture vers l’extérieur.

La complexité constructive permet ainsi de créer un niveau inférieur qui appartient pleinement à la spatialité de la maison. Le sous-sol n’est donc pas seulement une surface supplémentaire gagnée sous l’existant : lumière, transparence et ouverture sur la cour anglaise permettent de l’intégrer aux relations qui organisent l’ensemble du loft.

DES CONDITIONS DE TRANSFORMATION QUI ONT UNE INCIDENCE SUR LE COÛT

Le coût de cette maison ne peut pas être expliqué par sa seule surface de 184 m². La transformation mobilise plusieurs ouvrages et conditions de réalisation propres au projet. Il faut intervenir sur des constructions existantes, en conserver certaines parties et en transformer d’autres, tout en réalisant extension et surélévation.

La création du sous-sol sous une partie de l’existant a nécessité une reprise en sous-œuvre. La piscine constitue un ouvrage supplémentaire au fond de la parcelle. Enfin, le passage d’environ 1,20 mètre entre la rue et le cœur d’îlot contraint les possibilités de mécanisation, d’approvisionnement, d’évacuation et de stockage.

Le coût résulte des ouvrages, des quantités, des prestations et des moyens réellement nécessaires à cette transformation particulière. L’économie du projet doit donc être comprise à partir de ce qu’il faut effectivement transformer, construire et mettre en œuvre, et non à partir de l’étiquette « loft ».

UNE MAISON OÙ L’ESPACE NE SE MESURE PAS SEULEMENT EN MÈTRES CARRÉS

Cette maison de 184 m² est issue d’un existant particulièrement contraint : anciennes annexes commerciales en cœur d’îlot, géométries héritées, construction derrière un immeuble de cinq étages et accès de chantier limité à environ 1,20 mètre. Ce n’est pourtant pas cela que l’on perçoit lorsqu’on l’habite.

La partie étroite est devenue une cuisine dont la longueur conduit le regard jusqu’à la terrasse et à la piscine. Les différences de niveaux construisent un grand volume parcouru par des escaliers ouverts et une coursive. Les grandes baies prolongent les perspectives vers la cour. Le plancher de verre permet à la lumière et au regard de traverser la séparation entre rez-de-chaussée et sous-sol, tandis que la cour anglaise donne au niveau inférieur sa propre relation avec l’extérieur.

La surface mesure les espaces disponibles. Elle ne mesure pas à elle seule ce que l’on perçoit depuis chacun d’eux. La transformation ne consiste donc pas simplement à obtenir davantage de surface à partir des constructions existantes. Elle utilise leurs géométries, les différences de niveaux et les possibilités de développement du projet pour créer de nouvelles relations entre les espaces.

Le caractère du loft vient précisément de cette capacité à transformer les géométries et les contraintes de l’existant en profondeur, en lumière, en parcours et en relations entre les espaces.

À RETENIR DE CE PROJET

Un bâtiment existant peut devenir la matière d’une nouvelle architecture. Les anciennes annexes commerciales ne sont pas simplement remplacées : certaines géométries sont conservées et transformées tandis que le projet se développe par extension, surélévation et création d’un sous-sol. Un loft ne se définit pas seulement par un grand espace ouvert.

Ici, son caractère vient des relations entre plusieurs niveaux, de la coursive, des escaliers ouverts, des perspectives et des transparences. Un espace étroit peut tirer sa qualité de sa propre géométrie. La partie longitudinale conservée devient une cuisine dont la longueur organise les usages et prolonge le regard jusqu’à la piscine.

La lumière peut relier plusieurs niveaux. Grandes baies, verrière, plancher de verre et cour anglaise permettent à la lumière naturelle de pénétrer dans des espaces de situations très différentes. Un sous-sol peut appartenir pleinement aux espaces habités. Le second salon reste lié au rez-de-chaussée par le plancher de verre et bénéficie parallèlement d’une ouverture vers la cour anglaise.

Les conditions de chantier peuvent devenir une donnée majeure du projet. Un passage d’environ 1,20 mètre entre la rue et le cœur d’îlot impose d’adapter approvisionnements, évacuations, moyens de manutention et organisation des travaux.

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