Réalisation · Maison construite
Paris
Dans un passage résidentiel du 14e arrondissement de Paris, cette maison contemporaine de 139 m² est construite sur une parcelle de seulement 36 m², soit 6 × 6 mètres. La contrainte est double : la maison ne peut pratiquement pas se développer horizontalement et une seule façade peut recevoir des ouvertures.
Le rapport entre la surface du terrain et celle de la maison résume immédiatement la situation. La parcelle mesure 36 m². La maison développe 139 m². Une maison principalement organisée au niveau du sol est donc impossible. Le projet utilise la dimension que la parcelle laisse disponible : la hauteur.
Lorsque l’emprise disponible est très réduite par rapport au programme et que le gabarit le permet, une partie importante de la maison peut être recherchée dans les niveaux. Mais ici, ce principe est poussé très loin. La maison occupe une emprise presque constante d’environ 6 × 6 mètres et les fonctions se succèdent verticalement.
Cette organisation possède une conséquence fondamentale. Dans une maison plus largement développée, les fonctions peuvent être éloignées horizontalement. Ici, elles doivent principalement être différenciées par les niveaux. La contrainte dimensionnelle du terrain devient ainsi le point de départ de la typologie verticale de la maison.
Le développement vertical n’est pas seulement une manière d’obtenir la surface nécessaire. Il devient le principe d’organisation du programme. Au niveau bas, l’entrée accompagne un espace destiné au grand enfant. Plus haut prennent place la cuisine et un petit salon. L’étage suivant accueille les deux autres chambres des enfants et leur salle de bains.
Les niveaux supérieurs appartiennent davantage aux parents : un salon-bibliothèque s’ouvre sur une terrasse, puis la chambre parentale occupe le sommet de la maison. Sous l’ensemble, le studio de musique complète le programme. Chaque étage acquiert ainsi un rôle identifiable. La hauteur remplace en partie la distance horizontale que la parcelle ne permet pas d’établir entre les différents usages.
La verticalité permet également de répondre à une donnée particulière du programme : la maison est destinée à une famille recomposée. Tous les espaces privés ne demandent donc pas nécessairement la même relation avec la vie commune. L’espace du grand enfant prend place au niveau bas et bénéficie ainsi d’une certaine autonomie.
Les deux autres chambres sont regroupées avec leur salle de bains sur un étage distinct. Plus haut, les parents disposent d’un salon-bibliothèque prolongé par une terrasse avant de rejoindre leur chambre au dernier niveau. La distribution ne repose donc pas simplement sur : jour en bas / nuit en haut.
Dans une maison de seulement six mètres sur six, cette hiérarchie serait difficile à établir par l’éloignement horizontal. Elle est construite par la hauteur. L’escalier relie ces différents territoires et devient nécessairement le fil conducteur du parcours quotidien. Dans cette maison, changer de niveau signifie progressivement changer d’usage et de degré d’intimité.
Une parcelle de 36 m² ne permet pas d’organiser les pièces principales autour d’un grand jardin. La relation avec l’extérieur doit donc être recherchée autrement. Dans les niveaux supérieurs, le salon-bibliothèque s’ouvre directement sur une terrasse. Cette position produit une situation très différente de celle d’une terrasse située au niveau du séjour principal d’une maison de plain-pied.
Elle appartient ici à un espace plus calme et plus intime, associé aux parents. Le projet ne supprime donc pas la relation intérieur-extérieur. Il la déplace vers l’endroit où la géométrie de la maison permet de la retrouver.
La petite dimension de la parcelle n’est pas la seule difficulté. La maison est mono-orientée : une seule façade peut recevoir des baies. Il n’est donc pas possible de rechercher une lumière traversante par deux façades opposées ni de multiplier librement les orientations. L’unique façade disponible devient essentielle.
Les ouvertures accompagnent les différents espaces dans la hauteur. Une grande baie de type atelier répond à l’un des espaces principaux. D’autres ouvertures sont plus horizontales ou plus ponctuelles. Une fenêtre ronde participe également à la composition de la façade. Ces différences correspondent à des situations intérieures différentes.
Dans une telle maison, la façade ne peut pas être pensée indépendamment des pièces qu’elle éclaire. Elle devient simultanément l’unique façade ouverte, la principale source de lumière naturelle et l’expression extérieure de l’organisation verticale.
Les propriétaires sont musiciens et souhaitent pouvoir travailler chez eux. Le studio de musique appartient donc directement au programme et à leur manière d’habiter. Mais la parcelle est déjà presque entièrement mobilisée par la maison. Ajouter cette fonction horizontalement aurait demandé une emprise que le terrain ne possède pas.
Le studio trouve alors sa place sous la construction. Le studio n’est donc pas une pièce annexe ajoutée parce qu’un sous-sol était disponible. Cette disposition montre très clairement comment un programme spécifique peut intervenir dans la coupe générale du projet. La maison utilise toute sa dimension verticale pour répondre non seulement au nombre de pièces demandé, mais à la manière particulière dont ses habitants souhaitent vivre et travailler.
La hauteur disponible n’est pas illimitée. Les règles d’urbanisme définissent le volume dans lequel les niveaux doivent prendre place. Pour cette réalisation, le premier plan de façade pouvait atteindre 7,50 mètres. Au-dessus, le volume devait s’inscrire dans une oblique réglementaire avant de culminer à 11,50 mètres.
Le programme demande pourtant cinq niveaux habités. La maison utilise donc précisément le volume disponible. Les derniers niveaux se mettent en retrait afin de rester à l’intérieur du gabarit. Ce retrait produit parallèlement la terrasse du salon-bibliothèque. La règle ne dessine pas seule l’architecture.
Elle fixe une limite que le projet transforme en organisation habitable. Le retrait répond ainsi simultanément au gabarit, à l’organisation des derniers niveaux et à la création d’un espace extérieur.
Sur une maison de seulement 6 mètres de largeur, l’épaisseur des parois n’est plus une donnée secondaire. Elle intervient directement dans la largeur réellement disponible à l’intérieur. Cette question devient particulièrement sensible à l’étage des enfants. Deux chambres doivent prendre place côte à côte et chacune doit disposer de sa propre fenêtre sur l’unique façade pouvant recevoir des ouvertures.
La largeur totale doit donc permettre d’organiser simultanément : paroi latérale, première chambre, séparation entre les chambres, seconde chambre et paroi latérale. Sur six mètres, quelques centimètres gagnés ou perdus dans chacune de ces parois finissent par modifier sensiblement la largeur utile des pièces.
La composition des murs a donc été étudiée afin d’en limiter l’épaisseur tout en intégrant l’isolation nécessaire. Le principe retenu associe une maçonnerie de faible épaisseur à une isolation thermique par l’extérieur. Il faut cependant conserver la causalité dans le bon sens. Ce système constructif n’est pas présenté comme une recette permettant de gagner systématiquement de la surface dans une petite maison.
À cette échelle, architecture et construction deviennent directement interdépendantes. Quelques centimètres gagnés dans une paroi peuvent réellement modifier les proportions et l’usage d’une pièce.
L’emprise de la maison varie peu : elle reste proche des 6 × 6 mètres du terrain. Son architecture évolue donc principalement dans la hauteur. Les usages se succèdent, le studio descend sous le niveau du sol et les derniers étages se mettent en retrait pour entrer dans le gabarit réglementaire.
L’un de ces retraits libère la terrasse du salon-bibliothèque. La façade rend cette organisation perceptible. Grande baie de type atelier, ouvertures horizontales, fenêtre ronde et retraits supérieurs correspondent aux situations différentes qui se succèdent derrière elle. Plan, coupe et façade racontent ainsi la même maison : une emprise presque constante dans laquelle programme, lumière et espaces extérieurs sont organisés verticalement.
Le studio de musique donne au projet une dimension supplémentaire : une partie de la maison doit être construite sous le niveau du sol. Sur un terrain dégagé, la réalisation d’un sous-sol pose déjà des questions propres aux terrassements, aux ouvrages enterrés et à la structure. Ici, la situation est beaucoup plus contrainte.
La parcelle se trouve dans un passage résidentiel parisien et la construction prend place dans un environnement bâti très proche. La réalisation du niveau enterré nécessite notamment des reprises en sous-œuvre au droit des constructions voisines, exécutées progressivement dans cet espace réduit.
Ces ouvrages ne doivent pas être présentés comme une caractéristique générale des maisons sur petite parcelle. Ils appartiennent aux conditions particulières de cette réalisation. La volonté d’utiliser le sous-sol pour compléter le programme rencontre ici directement la réalité physique du terrain et des constructions qui l’entourent.
La petite taille du terrain ne contraint pas seulement la maison achevée. Elle modifie également les conditions de sa construction. Ici, la parcelle est desservie par un passage résidentiel étroit dans le 14e arrondissement. Les camions ne peuvent pas accéder directement au terrain. Les possibilités de stockage sont très réduites.
Il faut pourtant approvisionner le chantier, évacuer les terres provenant du niveau enterré et faire intervenir les moyens nécessaires aux différents ouvrages. Le chantier doit donc être organisé à partir de l’espace réellement disponible. Approvisionnements, stockage, évacuation et enchaînement des travaux doivent donc être adaptés à ces conditions. Sur une parcelle aussi petite, le chantier possède lui aussi une géographie extrêmement contrainte.
La petite taille du terrain ne constitue pas, en elle-même, un « surcoût ». Elle produit en revanche ici plusieurs conséquences qui correspondent à des ouvrages ou à des conditions de réalisation réelles. L’organisation verticale correspond ici à plusieurs niveaux, à leurs planchers et aux circulations qui les relient.
Le studio de musique placé sous la maison nécessite un niveau enterré. Sa réalisation dans un environnement bâti très contraint conduit à des travaux adaptés à la proximité des constructions voisines. L’accès par un passage étroit modifie parallèlement les conditions d’approvisionnement, de stockage et d’évacuation.
Enfin, la recherche d’une faible épaisseur de paroi répond à la nécessité de préserver la largeur intérieure disponible. Le terrain ne produit donc pas abstraitement un surcoût. Ce sont les conséquences constructives et les moyens qu’il rend nécessaires qui peuvent modifier le coût. La difficulté économique de cette maison ne se mesure donc pas à ses 36 m² de terrain, mais à ce qu’il faut réellement construire et mettre en œuvre pour y réaliser 139 m² habitables.
La cohérence de cette maison apparaît lorsqu’on revient à ses dimensions initiales : 6 × 6 mètres. Sur une telle emprise, le programme ne peut pas être organisé par éloignement horizontal. Il se répartit donc dans la hauteur et jusque sous le niveau du sol. Cette verticalité devient progressivement une manière d’habiter.
Le grand enfant bénéficie d’une certaine autonomie ; les autres chambres des enfants occupent leur propre niveau ; les espaces communs puis ceux des parents se succèdent plus haut. Le salon-bibliothèque retrouve même un extérieur grâce à la terrasse créée dans le retrait supérieur. L’unique façade ouverte accompagne toute cette organisation en apportant la lumière aux différents niveaux.
Le gabarit réglementaire façonne le sommet de la maison et, sur seulement six mètres de largeur, jusqu’à l’épaisseur des murs intervient dans la dimension réellement disponible pour les pièces. La construction prolonge enfin cette exigence de précision : studio enterré, proximité des bâtiments voisins, passage étroit et absence de stockage imposent des conditions particulières de réalisation.
La maison sur petite parcelle n’est donc pas une grande maison que l’on aurait comprimée. Son architecture résulte d’une autre manière d’organiser programme, lumière, intimité, extérieur et construction dans seulement 6 × 6 mètres.
Une très petite parcelle peut modifier complètement la typologie de la maison. Sur 36 m² de terrain pour 139 m² habitables, le programme ne peut pas se développer principalement au sol : la hauteur devient la dimension essentielle du projet. La verticalité peut organiser les usages autant que gagner de la surface.
Les différents niveaux permettent ici de distinguer espaces communs, territoires des enfants, espaces des parents et studio de musique. Une seule façade ouverte donne à chaque baie une importance particulière. Les ouvertures ne sont pas distribuées entre plusieurs orientations : une même façade doit apporter la lumière aux différents espaces qui se succèdent dans la hauteur.
Le gabarit réglementaire peut devenir une donnée architecturale. Les retraits nécessaires dans la partie supérieure permettent à la maison de s’inscrire dans le volume autorisé tout en créant la terrasse du salon-bibliothèque. Sur six mètres de largeur, quelques centimètres peuvent modifier réellement les pièces.
L’épaisseur des parois a été étudiée en relation directe avec la largeur utile nécessaire aux deux chambres disposées côte à côte. La petite taille du terrain agit aussi sur le chantier. Passage étroit, stockage limité, niveau enterré et proximité des constructions existantes modifient les conditions matérielles de réalisation.
Comprendre comment largeur de parcelle, emprise disponible, hauteur autorisée, accès, orientation et voisinage peuvent orienter une maison vers un développement horizontal ou vertical.
Terrain et type de maison : du cadre réglementaire aux possibilités architecturales
Comprendre comment parcours, niveaux, usages, degrés d’intimité et relations avec l’extérieur transforment l’organisation d’une maison en manière d’habiter.
Comprendre comment parties enterrées, constructions voisines, structure et terrain sont mis en relation pour définir les ouvrages permettant à la maison de prendre physiquement appui sur son site.
Comprendre comment nombre de niveaux, parties enterrées, structure, conditions d’accès, proximité des avoisinants et moyens de chantier deviennent des ouvrages ou prestations dont les caractéristiques participent au coût réel de la construction.
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