Réalisation · Maison construite

MAISONS EN BANDE

Issy-les-Moulineaux · Hauts-de-Seine

Le projet

À Issy-les-Moulineaux, quatre maisons de ville contemporaines accolées composent une même séquence urbaine sans reproduire quatre fois la même architecture. Les parcelles étroites et la continuité du front bâti conduisent à développer les maisons dans la hauteur. Mais cette donnée commune ne produit pas quatre façades identiques. Pierre, brique, enduit, couleur, proportions des ouvertures, retraits et couronnements donnent à chaque maison une identité propre.

CONSTRUIRE QUATRE MAISONS SUR DES PARCELLES ÉTROITES

La largeur réduite des parcelles constitue une donnée déterminante du projet. Lorsqu’un programme familial doit prendre place sur une faible largeur, son développement horizontal devient nécessairement limité. La hauteur offre alors une autre possibilité. Dans la maison détaillée ici, la façade mesure environ 6 mètres. La construction se développe sur quatre niveaux habitables auxquels s’ajoute un sous-sol.

Il ne faut cependant pas transformer cette situation en règle générale : parcelle étroite ≠ automatiquement maison à quatre niveaux. La configuration dépend simultanément de la largeur disponible, du programme, de l’emprise autorisée, du gabarit, de la hauteur et des autres caractéristiques du terrain.

Ici, leur combinaison conduit à rechercher une partie importante de la surface dans la hauteur. Cette disposition permet de concentrer la construction au sol, mais elle transforme également la manière d’habiter : l’entrée, les pièces communes et les espaces privés ne peuvent plus être distribués comme dans une maison principalement développée de plain-pied. La géométrie du terrain intervient ainsi dans la typologie de la maison avant de devenir une donnée de son architecture.

COMPOSER UN FRONT BÂTI SANS RÉPÉTER QUATRE FOIS LA MÊME MAISON

Depuis la rue, les quatre maisons sont immédiatement identifiables. L’une associe un enduit clair à de grandes ouvertures sombres et à une couverture métallique courbe. Une autre introduit la pierre et un niveau supérieur plus ouvert. La brique caractérise une troisième façade, marquée par une grande baie verticale encadrée.

Ailleurs, un volume rouge affirme fortement le couronnement. Ces différences ne sont pas de simples variations décoratives appliquées à quatre constructions identiques. Matériaux, ouvertures, retraits et couronnements modifient réellement la manière dont chaque façade est composée et perçue.

Pour autant, aucune maison ne cherche à s’extraire complètement de l’ensemble. Les constructions restent accolées. Les gabarits demeurent proches. Les volumes établissent des continuités. L’unité vient de la relation entre les constructions ; elle n’exige pas leur uniformité.

La brique, les proportions des baies et le couronnement donnent à cette maison une identité propre dans l’ensemble.

HABITER UNE MAISON DE VILLE DANS LA HAUTEUR

L’une des quatre maisons permet de comprendre ce que cette densité signifie depuis l’intérieur. Son programme est réparti verticalement. Le rez-de-chaussée accueille l’entrée et le stationnement. Au premier étage, cuisine, salle à manger et salon constituent le principal niveau de vie. Au-dessus, la suite parentale et un bureau composent le niveau des parents.

Les chambres des enfants prennent place à l’étage supérieur. Un ascenseur complète l’escalier et dessert les niveaux habitables. Mais cette répartition n’est pas seulement une manière de faire entrer le programme sur une petite largeur. Elle organise également différents degrés d’intimité.

La pièce de vie devient le niveau commun autour duquel se répartissent ensuite les espaces privés. Le développement vertical constitue donc à la fois une réponse à la parcelle et une manière d’organiser la vie familiale.

Le premier étage regroupe les espaces de vie et les prolonge vers une terrasse.

PLACER LES PIÈCES DE VIE AU-DESSUS DU NIVEAU INONDABLE

La proximité de la Seine place le projet dans un secteur concerné par le risque d’inondation. Pour la maison détaillée ici, les dispositions applicables imposent que le premier plancher habitable soit établi au-dessus d’un niveau de référence. Cette règle intervient directement dans l’organisation verticale.

Le rez-de-chaussée accueille l’entrée et le stationnement. Les principales pièces de vie prennent place au premier étage. Cette donnée ne suffit cependant pas à expliquer toute l’architecture de la maison. Elle crée une condition particulière : le séjour n’est plus directement au niveau du jardin.

Une nouvelle question apparaît alors : comment conserver une relation forte avec l’extérieur lorsque la pièce de vie se trouve un étage plus haut ? C’est à cette question que terrasse, pergola et escalier extérieur vont répondre. La règle modifie donc la position du niveau habitable ; l’architecture travaille ensuite les conséquences spatiales de cette position.

Le sous-sol complète l’organisation verticale de la maison sans occuper davantage de largeur sur la parcelle.

ORGANISER LA PIÈCE DE VIE EN PLUSIEURS SÉQUENCES

Au premier étage, cuisine, salle à manger et salon occupent un même niveau. Ils ne sont pourtant pas traités comme un plateau uniforme. La cuisine et son îlot constituent une première séquence. La salle à manger occupe une position intermédiaire. Le salon forme un autre lieu au sein de l’ensemble.

Entre salle à manger et salon, une cheminée avec insert participe à cette différenciation sans transformer les espaces en pièces indépendantes. La continuité reste donc importante : cuisine ↔ salle à manger ↔ salon. Mais chaque usage conserve sa position et son ambiance. Cette organisation montre qu’un espace ouvert ne nécessite pas l’effacement de toutes les différences.

La continuité permet aux pièces de participer à un même ensemble ; leur position, leurs proportions et certains éléments intermédiaires permettent de les distinguer. À l’arrière, cette séquence intérieure se poursuit vers la terrasse.

RELIER UN SÉJOUR EN ÉTAGE AU JARDIN

La position des pièces de vie au premier étage crée une situation inhabituelle par rapport à une maison où le séjour s’ouvre directement au niveau du terrain. Le projet ne cherche pas à effacer cette différence. Il construit une relation spécifique avec le jardin. À l’arrière, la pièce de vie s’ouvre d’abord sur une terrasse en bois située au même niveau.

Depuis cette terrasse, un escalier extérieur descend vers une seconde terrasse aménagée au rez-de-chaussée, puis vers le jardin. Le changement de niveau devient ainsi une composante du parcours extérieur. Il permet de conserver une relation physique entre les espaces de vie et le terrain malgré leur différence d’altitude.

La maison ne reproduit pas la relation au jardin d’un séjour de plain-pied : elle en construit une autre, adaptée à son organisation verticale.

FAIRE DE LA TERRASSE UN ESPACE INTERMÉDIAIRE

La terrasse haute ne constitue pas seulement le premier palier d’un parcours vers le jardin. Elle possède son propre usage. Située directement dans le prolongement de la pièce de vie, elle reste associée à la cuisine, à la salle à manger et au salon. Une pergola en aluminium accompagne cet espace extérieur et lui donne une présence plus construite.

La terrasse se situe ainsi entre deux conditions : encore associée à l’intérieur par ses usages et sa proximité, mais : et déjà extérieure par son ouverture, son climat et sa relation au jardin. Elle devient un véritable espace intermédiaire. Cette situation prend une importance particulière parce que la pièce de vie se trouve en étage.

Sans cette terrasse, le rapport à l’extérieur reposerait principalement sur la vue et sur l’escalier permettant de rejoindre le terrain. Avec elle, les usages quotidiens peuvent se prolonger directement dehors. La terrasse compense donc moins une absence de jardin qu’elle ne crée un premier extérieur habitable au niveau même du séjour.

RÉPARTIR L'INTIMITÉ ENTRE LES NIVEAUX SUPÉRIEURS

Au-dessus de l’étage de vie, la distribution devient progressivement plus privée. Le niveau suivant accueille la suite parentale et un bureau. Chambre, salle de bains et espace de travail composent ainsi un étage associé aux parents. Plus haut, trois chambres et une salle de bains constituent le niveau des enfants. Une mezzanine complète cette organisation.

Cette organisation évite de disperser indistinctement les fonctions privées dans les étages. Chaque niveau acquiert un rôle particulier dans la vie familiale. La verticalité devient ici un moyen de hiérarchiser les usages et les degrés d’intimité.

HABITER LE VOLUME SOUS UNE COUVERTURE COURBE EN ZINC

Dans une maison développée sur une faible largeur, le dernier niveau représente une partie importante du programme. Il ne peut donc pas être considéré indépendamment de la toiture qui le couvre. Ici, la couverture en zinc adopte une forme courbe. Depuis la rue, elle donne au couronnement de la maison un profil particulier et contribue à la distinguer des autres constructions de l’ensemble.

À l’intérieur, cette géométrie accompagne les espaces du dernier étage. Les chambres prennent place sous la couverture et rencontrent localement son volume. La couverture n’est ainsi ni une forme ajoutée au sommet de la maison ni une simple protection technique : elle participe simultanément à l’espace du dernier niveau et à l’expression architecturale de la façade.

DONNER À CHAQUE MAISON SA PROPRE ARCHITECTURE

Les quatre maisons sont soumises à une situation urbaine commune. Elles sont accolées, occupent des parcelles étroites et participent ensemble au même front bâti. Ces données communes auraient pu conduire à répéter une même composition en faisant seulement varier quelques finitions. Le projet procède autrement.

La pierre donne à l’une des maisons une matérialité particulière. La brique caractérise une autre façade. Ailleurs, l’enduit et la couleur construisent des expressions différentes. Les ouvertures elles-mêmes ne suivent pas un modèle répété : leurs dimensions, leurs proportions et leurs positions varient avec la composition de chaque maison.

Les couronnements et les retraits poursuivent cette différenciation dans la hauteur. Mais ces différences restent inscrites dans un ensemble. Les maisons demeurent accolées et leurs volumes conservent suffisamment de relations pour que la séquence urbaine reste perceptible. Individualiser ne signifie donc pas isoler architecturalement chaque construction : il s’agit de permettre à quatre maisons différentes de participer à une composition commune.

PASSER DE LA FAÇADE DE CHAQUE MAISON À L'ÉCHELLE DE LA RUE

Une façade de maison individuelle appartient d’abord à la maison qu’elle ferme et qu’elle exprime. Dans un ensemble de maisons accolées, elle possède également une autre responsabilité : participer à la rue. Ici, chaque façade peut être lue séparément. Mais lorsque le regard embrasse les quatre constructions, les relations entre elles deviennent tout aussi importantes.

Les hauteurs se répondent. Les couronnements varient. Les matériaux introduisent des ruptures. Les ouvertures établissent des rythmes différents. L’ensemble ne repose donc ni sur la répétition stricte ni sur l’absence de relation. Il se construit par variation dans une continuité. La maison appartient ainsi à deux échelles : celle de ses habitants et celle de la rue qu’elle contribue à construire.

DES FONDATIONS DÉFINIES POUR LE TERRAIN ET LA CONSTRUCTION

La maison détaillée ici repose sur des fondations profondes. Les photographies de chantier montrent la réalisation de pieux ainsi qu’un ouvrage en béton fortement armé au niveau des fondations. Cette disposition ne doit pas être interprétée comme une conséquence automatique du fait qu’il s’agit d’une maison en bande ou d’une construction développée sur plusieurs niveaux.

Le principe de fondation dépend des caractéristiques du terrain et de la construction établies par les études compétentes. Le développement vertical intervient dans les charges que la structure doit transmettre, mais il ne permet pas, à lui seul, de déterminer la solution de fondation. Cette distinction est essentielle.

Les pieux constituent ici une donnée constructive de cette réalisation particulière, et non une caractéristique générale des maisons en bande.

UNE MAISON VERTICALE AUX INCIDENCES CONSTRUCTIVES ET BUDGÉTAIRES

La faible largeur de la parcelle ne constitue pas en elle-même un « surcoût ». Elle conduit ici, avec le programme et les possibilités réglementaires, à une organisation particulière dont certains éléments correspondent à des ouvrages ou équipements identifiables. Le développement sur plusieurs niveaux correspond notamment à plusieurs planchers, à un escalier et à une organisation structurelle adaptée.

L’ascenseur constitue un équipement supplémentaire directement lié au fonctionnement vertical de la maison. La terrasse située au niveau du séjour, sa pergola et l’escalier extérieur permettant de rejoindre le terrain correspondent eux aussi à des ouvrages réels. La couverture courbe en zinc possède une géométrie et une charpente particulières.

Enfin, les fondations profondes retenues pour cette réalisation correspondent aux conditions établies pour le terrain et la construction. Cette lecture est conforme au principe général du parcours Budget : le coût résulte de ce qu’il faut effectivement construire et non de l’étiquette donnée à l’architecture.

L’économie du projet doit donc être comprise à partir des conséquences constructives de ses choix et de ses contraintes, et non à partir du seul fait qu’il s’agisse de maisons en bande.

QUATRE MAISONS POUR CONSTRUIRE UN MORCEAU DE RUE

La cohérence de l’ensemble apparaît lorsqu’on considère simultanément les deux échelles du projet. À l’échelle urbaine, quatre parcelles étroites accueillent quatre constructions accolées. Cette disposition utilise la largeur disponible pour constituer un front bâti continu. Mais la densité n’efface pas la maison individuelle.

Chaque construction conserve sa porte, sa façade, ses matériaux, ses ouvertures et son couronnement. Depuis la rue, on perçoit donc à la fois un ensemble et quatre maisons. À l’intérieur, la maison détaillée montre ce que cette densité signifie réellement pour ses habitants. La faible largeur conduit à développer le programme dans la hauteur. Le risque d’inondation place les pièces de vie au-dessus du niveau bas. Cette position entraîne à son tour une relation particulière avec le jardin : le séjour s’ouvre sur une terrasse haute avant qu’un escalier extérieur ne rejoigne le terrain.

Au-dessus, les espaces des parents puis ceux des enfants organisent progressivement l’intimité. La couverture courbe accompagne enfin le dernier niveau tout en donnant à cette maison son propre couronnement dans la séquence urbaine. Les maisons en bande ne sont donc pas ici la répétition d’un même modèle pour densifier une parcelle. Elles constituent quatre maisons particulières dont les architectures différentes construisent ensemble une même séquence de rue.

À RETENIR DE CE PROJET

Construire plusieurs maisons accolées n’oblige pas à répéter une même architecture. Les quatre constructions partagent un front bâti et des gabarits proches tout en se différenciant par leurs matériaux, leurs ouvertures, leurs retraits et leurs couronnements. Une parcelle étroite peut conduire à rechercher une part importante du programme dans la hauteur.

Dans la maison détaillée, accès, pièces de vie, espaces des parents et chambres des enfants occupent successivement différents niveaux. Une contrainte réglementaire peut modifier directement l’organisation de la maison. Le premier plancher habitable devant être placé au-dessus du niveau de référence lié au risque d’inondation, les pièces de vie prennent ici place au premier étage.

Un séjour en étage peut conserver une relation physique forte avec le jardin. Terrasse haute, pergola, escalier extérieur et terrasse basse construisent une séquence continue jusqu’au terrain. La toiture appartient à la fois à l’espace intérieur et à l’expression extérieure. La couverture courbe en zinc accompagne les pièces du dernier niveau tout en donnant à la maison son couronnement particulier.

Une solution constructive appartient toujours à une situation précise. Les fondations profondes de cette maison résultent des données et études propres au terrain et à la construction ; elles ne constituent pas une conséquence automatique de la typologie en bande.

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PROJETS ASSOCIÉS

Le risque d’inondation intervient ici dans une maison en bande. Une maison individuelle en zone inondable permet de comparer une autre réponse architecturale à cette même contrainte.

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