HABITER UNE ARCHITECTURE
Habiter une architecture, c’est faire l’expérience quotidienne d’espaces conçus dans leurs relations : parcours, proportions, hauteurs, lumière naturelle, vues, intimité et continuité entre intérieur et extérieur.
Une maison ne se comprend donc pas seulement par son plan, sa surface ou son apparence extérieure. Elle se découvre en se déplaçant, en percevant plusieurs espaces les uns depuis les autres, en regardant vers le jardin et en observant la lumière transformer les volumes au fil de la journée.
L’architecture devient alors une expérience vécue : celle d’une maison dont les espaces ne sont pas simplement juxtaposés, mais organisés pour construire différentes manières d’habiter.
Une maison peut être décrite par des données objectives : surface, nombre de pièces, dimensions du séjour, nombre de niveaux ou quantité d’ouvertures.
Ces informations sont indispensables. Elles ne disent pourtant pas entièrement ce que l’on éprouve en vivant dans la maison.
Entrer et découvrir progressivement le séjour, apercevoir le jardin depuis plusieurs espaces, passer sous un plafond plus bas avant d’atteindre un volume plus haut, percevoir l’étage depuis le rez-de-chaussée ou voir la lumière évoluer sur un mur sont autant de situations que le plan ne restitue que partiellement.
L’architecture se découvre ainsi dans l’espace et dans le temps.
Elle dépend de ce que l’on voit depuis un endroit, de ce que l’on devine plus loin, de la manière dont on se déplace et des relations qui apparaissent entre les différentes parties de la maison.
Habiter une architecture, ce n’est donc pas seulement occuper des pièces : c’est vivre les relations que le projet construit entre elles.
DU PROGRAMME À L’EXPÉRIENCE DE LA MAISON
Le programme définit des besoins : séjour, cuisine, chambres, bureau, rangements, salles de bains ou espaces techniques.
L’architecture transforme ces besoins en situations vécues.
Deux maisons comprenant les mêmes pièces et disposant d’une surface comparable peuvent ainsi offrir des expériences très différentes.
Dans l’une, le séjour peut être immédiatement visible depuis l’entrée. Dans l’autre, il peut se découvrir progressivement. Une cuisine peut participer entièrement à la pièce de vie ou conserver une certaine autonomie. Les chambres peuvent être regroupées dans un espace plus intime ou réparties entre plusieurs niveaux.
Ce qui change n’est donc pas seulement la distribution.
Ce sont les proximités, les distances, les parcours, les vues et les degrés d’intimité qui organisent la vie quotidienne.
Le programme indique ce dont les habitants ont besoin ; l’architecture détermine comment ces besoins seront réellement vécus dans l’espace.
ENTRER DANS LA MAISON
L’expérience d’une maison commence avant même d’avoir atteint les principales pièces de vie.
La position de l’entrée, ce qu’elle donne immédiatement à voir et la manière dont elle se prolonge participent à la première compréhension des espaces.
Une entrée peut ouvrir directement sur un grand volume. Elle peut au contraire constituer un espace intermédiaire avant de découvrir progressivement le séjour ou le jardin.
Une perspective peut attirer le regard vers une ouverture située plus loin. Un changement de direction peut retarder cette découverte. Quelques marches peuvent annoncer une différence de niveau.
L’entrée n’est donc pas seulement l’endroit où l’on dépose son manteau.
Elle construit le passage entre l’extérieur et l’univers intérieur de la maison et peut donner dès les premiers mètres une première lecture de son organisation.
LES PARCOURS FONT PARTIE DE L’ARCHITECTURE
Une maison est constituée autant par les endroits où l’on reste que par les déplacements qui les relient.
Entrée, circulations, escaliers, changements de direction et différences de niveau organisent ces parcours.
Mais une circulation n’est pas nécessairement un simple couloir reliant deux pièces.
Elle peut longer un espace plus vaste, ouvrir une perspective, accompagner une façade, permettre d’apercevoir le jardin ou mettre progressivement en relation plusieurs parties de la maison.
Un escalier peut lui aussi dépasser sa seule fonction distributive. Sa position peut participer à un grand volume, maintenir une relation entre plusieurs niveaux ou devenir un point de repère dans l’organisation intérieure.
Le parcours devient architectural lorsqu’il ne sert pas seulement à aller d’un point à un autre, mais participe à la manière dont les espaces sont découverts et mis en relation.
DÉCOUVRIR UN ESPACE PROGRESSIVEMENT
Tout n’a pas besoin d’être visible immédiatement.
Une maison peut construire une succession de découvertes.
Depuis l’entrée, on peut percevoir une première profondeur sans encore voir entièrement le séjour. Quelques pas plus loin, une ouverture peut faire apparaître le jardin. Un changement de niveau peut ensuite révéler un autre espace.
Cette progression modifie la perception de la maison.
Un grand volume découvert après un passage plus contenu paraît différent du même volume immédiatement visible depuis l’extérieur. Une vue qui apparaît au terme d’un parcours n’a pas la même présence qu’une vue constamment exposée.
L’architecture peut ainsi travailler avec ce qui est montré, ce qui est seulement entrevu et ce qui se découvre en avançant.
PERCEVOIR PLUSIEURS ESPACES À LA FOIS
Les espaces d’une maison ne sont pas nécessairement perçus comme une succession de pièces indépendantes.
Une perspective, une ouverture intérieure, quelques marches, une mezzanine ou un vide peuvent permettre d’en percevoir plusieurs simultanément.
Depuis un séjour, le regard peut traverser une salle à manger et atteindre le jardin. Depuis un étage, un vide peut permettre de retrouver visuellement l’espace de vie situé plus bas. Une mezzanine peut appartenir à un niveau tout en restant présente dans le volume d’un autre.
Ces relations augmentent la profondeur perceptible de la maison sans nécessairement augmenter sa surface.
Elles permettent également de rester en relation avec d’autres espaces sans les réunir complètement.
La continuité spatiale ne suppose donc pas de supprimer toutes les séparations : elle peut naître de relations visuelles et volumétriques entre des lieux qui conservent chacun leur identité.
Les réalisations utilisent plusieurs de ces dispositifs, notamment les vides, mezzanines, différences de niveaux et perspectives traversantes.
OUVRIR LES ESPACES SANS LES RENDRE UNIFORMES
La suppression des cloisons n’est pas la seule manière de créer un espace ouvert.
Cuisine, salle à manger et salon peuvent largement communiquer tout en conservant des situations différentes.
Une variation de hauteur, quelques marches, une position légèrement en retrait, une orientation particulière ou une relation différente avec le jardin peuvent distinguer les usages sans interrompre leur continuité.
Cette différenciation évite que l’espace ouvert ne devienne un plateau indifférencié.
Dans plusieurs réalisations, les espaces de vie communiquent largement tandis qu’une différence de niveau ou de position donne au salon une situation propre.
Habiter un espace ouvert ne signifie donc pas vivre dans un espace uniforme : l’architecture peut construire des lieux distincts sans nécessairement les enfermer.
LES PROPORTIONS MODIFIENT LA PERCEPTION DES ESPACES
La surface d’une pièce ne suffit pas à décrire ce que l’on y ressent.
Deux séjours de 40 m² peuvent produire des perceptions très différentes selon leur largeur, leur longueur, leur hauteur et la position de leurs ouvertures.
Un espace allongé dirige davantage le regard. Un volume plus haut donne une autre amplitude. Une partie plus contenue peut créer davantage d’intimité.
Les proportions agissent également les unes par rapport aux autres.
Un espace n’est jamais perçu isolément : une pièce paraît plus haute après un passage plus bas, plus ouverte après un espace étroit ou plus profonde lorsqu’une perspective se poursuit vers une autre pièce ou vers l’extérieur.
La perception dépend donc autant des rapports entre les dimensions que de la quantité de mètres carrés.
LA HAUTEUR EST AUSSI UNE DIMENSION HABITABLE
On raisonne facilement en surface parce qu’elle se mesure et se compare.
Mais une maison se développe dans trois dimensions.
La hauteur peut transformer profondément un espace.
Un séjour en double hauteur ne donne pas seulement davantage de volume d’air. Il modifie les proportions, la lumière, les vues et éventuellement la relation avec un étage.
Un plafond plus bas peut au contraire créer une situation plus contenue.
Une différence de hauteur peut aussi permettre de distinguer plusieurs parties d’un espace continu.
Certaines réalisations exploitent directement cette dimension verticale : vide au-dessus du séjour ou de la salle à manger, mezzanine, grande baie développée sur deux niveaux ou succession de niveaux légèrement décalés.
La hauteur n’est donc pas ce qui reste une fois la surface déterminée : elle participe pleinement à la manière dont un espace est habité.
HABITER PLUSIEURS NIVEAUX EN RELATION
Dans une maison à étage, les niveaux peuvent fonctionner comme des parties presque indépendantes.
Ils peuvent aussi rester perceptiblement liés.
Un vide permet de voir depuis un étage un espace situé plus bas. Une mezzanine conserve une relation avec le grand volume qu’elle borde. Un escalier ouvert peut maintenir une continuité visuelle pendant le déplacement.
Cette relation verticale modifie la manière d’habiter les étages.
Monter ne signifie plus nécessairement quitter complètement l’espace précédent. Certaines présences, certaines vues ou une même lumière peuvent continuer à relier plusieurs niveaux.
Dans Maison avec terrasse haute, par exemple, le vide de la salle à manger et la mezzanine transforment la superposition des niveaux en continuité spatiale.
La maison peut ainsi être organisée verticalement sans que chaque étage devienne un monde séparé.
LA LUMIÈRE NATURELLE TRANSFORME L’ESPACE
La lumière naturelle ne constitue pas seulement une quantité d’éclairement nécessaire au confort.
Elle transforme la perception de l’architecture.
Une lumière latérale souligne différemment les volumes d’une lumière venant d’en haut. Une ouverture en angle peut faire entrer la lumière depuis plusieurs directions. Une verrière peut atteindre une partie plus profonde du plan.
La position des ouvertures modifie également la manière dont la lumière rencontre les murs, les sols et les matières.
Elle peut accentuer une profondeur, rendre un volume plus lisible ou accompagner une circulation.
La lumière ne se contente donc pas de rendre l’espace visible : elle participe à la manière dont il apparaît.
LA LUMIÈRE PEUT DONNER DE LA PROFONDEUR AU PLAN
Dans une maison profonde ou dans des espaces largement communicants, la lumière provenant uniquement des façades peut rester principalement perceptible à proximité des ouvertures.
D’autres dispositifs peuvent faire parvenir la lumière plus loin.
Une verrière, une ouverture en hauteur, une seconde orientation ou une relation entre plusieurs niveaux peuvent modifier cette profondeur lumineuse.
Dans Maison traversée par la lumière, les grandes ouvertures, le vide sur séjour et une verrière apportent la lumière depuis plusieurs directions et jusque dans des parties plus intérieures du plan.
La conséquence n’est pas seulement quantitative.
Lorsque la lumière apparaît plus profondément dans la maison, elle modifie les perspectives et la perception des distances.
La lumière peut ainsi participer à la profondeur spatiale autant qu’à l’éclairement.
UNE MAISON CHANGE AVEC LES HEURES DE LA JOURNÉE
La lumière naturelle n’est jamais immobile.
Sa direction et son intensité évoluent avec la course du soleil.
Une orientation peut rendre une lumière particulièrement présente le matin, une autre dans l’après-midi ou en fin de journée. Les ombres se déplacent et les reliefs deviennent plus ou moins perceptibles.
La maison n’offre donc pas exactement la même expérience à chaque heure.
La réalisation Maison sur terrain d’angle, ouverte principalement vers le sud et l’ouest, montre comment plusieurs orientations peuvent faire évoluer les ambiances lumineuses au cours de la journée.
Cette variation appartient pleinement à l’expérience quotidienne.
On n’habite pas une image fixe de la maison : on habite des espaces dont la lumière transforme continuellement la perception.
LES VUES PROLONGENT L’ESPACE
Une ouverture ne donne pas seulement de la lumière.
Elle permet au regard de quitter les limites physiques de la pièce.
Une vue vers un jardin peut prolonger visuellement un séjour. Une perspective lointaine peut donner une profondeur supplémentaire à un espace. Une baie en angle peut ouvrir simultanément plusieurs directions.
La dimension de l’ouverture n’est pas seule déterminante.
Sa position décide de ce qui devient visible depuis l’intérieur et du moment auquel cette vue apparaît dans le parcours.
Une vue appartient donc à l’espace intérieur autant qu’au paysage extérieur : elle modifie la manière dont la pièce est perçue et habitée.
CADRER PLUTÔT QUE TOUT MONTRER
Ouvrir une maison ne signifie pas nécessairement rendre tout son environnement visible.
Une ouverture peut sélectionner.
Elle peut cadrer un arbre, une partie du jardin, une perspective ou un paysage plus lointain tout en excluant un vis-à-vis ou un élément moins intéressant.
Une fenêtre plus petite et précisément positionnée peut ainsi construire une relation plus forte avec l’extérieur qu’une surface vitrée beaucoup plus importante mais indifférenciée.
Le cadrage transforme ce qui se trouve dehors en présence depuis l’intérieur.
La question architecturale n’est donc pas seulement : que peut-on voir ? Elle est aussi : que choisit-on de rendre présent depuis cet espace précis ?
OUVRIR SANS RENONCER À L’INTIMITÉ
Une maison individuelle peut rechercher une relation importante avec le jardin tout en devant se protéger du voisinage ou de la rue.
Ouverture et intimité ne sont donc pas nécessairement contradictoires.
La direction des vues, la position et la hauteur des ouvertures, l’implantation de la maison ou la présence d’un patio peuvent permettre de s’ouvrir largement dans certaines directions et de se protéger dans d’autres.
Les différents espaces n’ont pas non plus les mêmes besoins.
Un séjour peut rechercher une grande continuité avec le jardin tandis qu’une chambre ou une salle de bains demande une relation plus contrôlée avec l’extérieur.
L’architecture organise ainsi des degrés d’ouverture plutôt qu’une opposition simpliste entre maison ouverte et maison fermée.
LE JARDIN PEUT PARTICIPER À L’ESPACE INTÉRIEUR
Le jardin ne commence pas nécessairement au-delà de la façade comme un espace indépendant de la maison.
Sa présence peut participer à l’expérience intérieure.
Une grande ouverture peut prolonger le séjour vers une terrasse. Un patio peut introduire un espace extérieur au cœur même du plan. Plusieurs pièces peuvent partager une même vue vers un arbre ou un jardin.
Cette continuité ne supprime pas la limite entre dedans et dehors.
Elle la rend plus complexe et plus riche.
L’extérieur devient une profondeur visuelle, un prolongement d’usage ou un élément autour duquel certains espaces peuvent s’organiser.
Habiter la maison peut ainsi signifier habiter simultanément ses espaces intérieurs et les relations qu’ils entretiennent avec le jardin.
LES SEUILS ENTRE INTÉRIEUR ET EXTÉRIEUR
Entre une pièce intérieure et le jardin, il n’existe pas toujours une limite unique constituée par la façade.
Terrasse, patio, porche, avancée d’étage, retrait ou différence de niveau peuvent créer des situations intermédiaires.
Ces espaces jouent plusieurs rôles.
Ils peuvent prolonger les usages intérieurs, protéger une partie de la façade, créer davantage d’intimité ou donner de la profondeur à la relation avec le jardin.
Le passage du dedans au dehors devient alors progressif.
Le seuil n’est plus seulement une porte à franchir : il devient un espace dans lequel la relation entre maison et extérieur se construit.
HABITER LE JARDIN À PLUSIEURS HAUTEURS
La relation à l’extérieur n’appartient pas uniquement au rez-de-chaussée.
Une maison développée sur plusieurs niveaux peut proposer différentes manières d’habiter dehors.
Au niveau du terrain, une terrasse peut prolonger directement les espaces de vie. À l’étage, un retrait peut créer une terrasse plus intime.
Plus haut encore, une toiture accessible peut offrir une autre relation au ciel, aux vues ou au paysage.
Dans Maison avec terrasse haute, cette succession est particulièrement lisible : les espaces extérieurs accompagnent plusieurs niveaux de la maison, depuis le jardin jusqu’à la terrasse supérieure.
Ces situations ne sont pas équivalentes.
Une terrasse directement associée au séjour accompagne la vie quotidienne. Une terrasse d’étage peut être plus intime. Une terrasse haute peut offrir des vues et une relation au site différentes.
La verticalité de la maison peut donc multiplier les manières d’habiter l’extérieur plutôt que réserver cette relation au seul niveau du jardin.
L’INTIMITÉ SE CONSTRUIT AUSSI À L’INTÉRIEUR
L’intimité ne concerne pas seulement la protection vis-à-vis des voisins.
Elle organise également les relations entre les habitants de la maison.
Espaces communs, chambres, bureau, pièces destinées aux enfants ou aux invités ne demandent pas nécessairement le même degré de proximité.
La position des pièces, les circulations et la répartition entre les niveaux permettent de créer différentes distances sans isoler complètement chaque usage.
Une chambre peut rester proche des espaces familiaux tout en étant protégée de leur activité. Un bureau peut être accessible depuis la vie commune sans lui appartenir entièrement. Un étage peut constituer un espace plus intime tout en conservant une relation visuelle avec le niveau inférieur.
Habiter ensemble suppose donc aussi de pouvoir organiser différentes formes de proximité et de retrait.
VOIR SANS NÉCESSAIREMENT ÊTRE DANS LE MÊME ESPACE
La relation entre les habitants ne dépend pas uniquement de la présence dans une même pièce.
Une mezzanine, un vide, une perspective ou une ouverture intérieure peuvent permettre de percevoir une autre partie de la maison sans y être physiquement.
Ces relations créent une forme particulière de proximité.
On peut entendre ou apercevoir ce qui se passe ailleurs tout en conservant une certaine autonomie.
Cette situation est différente d’un grand espace totalement ouvert comme d’une succession de pièces complètement isolées.
L’architecture peut ainsi organiser des degrés de présence entre les habitants, et pas seulement des séparations ou des ouvertures.
UNE ARCHITECTURE QUI ACCOMPAGNE LES USAGES QUOTIDIENS
Les qualités spatiales d’une maison ne sont pas indépendantes de son fonctionnement quotidien.
Une relation directe entre cuisine et terrasse peut faciliter certains usages. Une entrée bien située peut éviter que les circulations traversent inutilement les espaces de vie. Un rangement placé au bon endroit peut améliorer le fonctionnement d’une pièce sans modifier sa surface.
L’architecture ne doit donc pas opposer qualité spatiale et usage.
Un parcours peut être à la fois efficace et intéressant. Une ouverture peut simultanément apporter de la lumière, cadrer une vue et correspondre à l’usage de la pièce. Une terrasse peut prolonger le séjour tout en créer un seuil avec le jardin.
La qualité d’usage devient architecturale lorsque les solutions fonctionnelles participent également aux relations et aux espaces de la maison.
LA QUALITÉ D’ESPACE NE SE MESURE PAS UNIQUEMENT EN MÈTRES CARRÉS
La surface reste une donnée essentielle du programme et du budget.
Mais augmenter la surface n’améliore pas automatiquement la qualité d’une maison.
Quelques mètres carrés supplémentaires dans une circulation peu utile peuvent avoir moins d’intérêt qu’une meilleure proportion du séjour, une relation plus directe avec le jardin ou une ouverture mieux positionnée.
Inversement, réduire une surface sans comprendre son rôle peut dégrader un espace ou une relation importante.
La conception doit donc distinguer quantité d’espace et qualité spatiale.
Cette distinction est également importante lorsque des arbitrages budgétaires deviennent nécessaires : il faut comprendre quels espaces et quelles relations participent réellement à la qualité d’usage avant de décider où simplifier. Le corpus Budget développe cette question sous son angle économique.
Une maison bien conçue ne cherche pas seulement à disposer de mètres carrés : elle cherche à leur donner une valeur d’usage et une qualité spatiale.
UNE ARCHITECTURE QUI SE DÉCOUVRE DANS LE TEMPS
Une maison ne peut jamais être perçue en totalité depuis un point unique.
On la découvre en avançant.
Le déplacement modifie les perspectives. Un espace apparaît puis disparaît. Une vue s’ouvre depuis une position et se referme quelques mètres plus loin. Les changements de niveau transforment les relations entre les pièces.
À cette temporalité du parcours s’ajoute celle de la lumière.
Les heures, les saisons et les conditions météorologiques modifient les ambiances intérieures et la présence du jardin ou du paysage.
La maison habitée est donc différente de la maison représentée par un plan ou une image fixe.
Son architecture existe aussi dans la succession des perceptions qu’elle produit au cours du temps.
UNE MAISON SE VIT AUTREMENT QU’ELLE NE SE PHOTOGRAPHIE
Une photographie peut montrer une façade, un volume ou un espace à un instant précis.
Elle peut rendre perceptibles une lumière, une matière ou une relation avec le jardin.
Mais elle fige nécessairement un point de vue.
Elle ne restitue pas complètement le déplacement entre les espaces, la découverte progressive d’une perspective, la relation entre plusieurs niveaux ou l’évolution de la lumière au cours de la journée.
Une maison très spectaculaire en photographie n’est donc pas nécessairement celle qui offre l’expérience spatiale la plus riche.
Inversement, certaines qualités architecturales discrètes ne deviennent réellement perceptibles qu’en parcourant et en habitant les espaces.
L’image montre l’architecture depuis un point de vue ; l’habiter permet d’en éprouver les relations.
DES DISPOSITIFS DIFFÉRENTS, DES EXPÉRIENCES DIFFÉRENTES
Les réalisations permettent d’observer comment des dispositifs architecturaux différents modifient concrètement l’expérience de la maison.
Dans Maison traversée par la lumière, le vide sur séjour, la grande baie développée sur deux niveaux et la verrière mettent en relation profondeur du plan, verticalité et lumière.
Dans Maison avec terrasse haute, la mezzanine et le vide de la salle à manger maintiennent des relations entre plusieurs niveaux, tandis que les différents espaces extérieurs accompagnent la maison jusque dans sa partie haute.
Dans Maison sur terrain d’angle, les ouvertures orientées principalement vers le sud et l’ouest multiplient les directions du regard et font évoluer la lumière au cours de la journée.
Dans d’autres maisons, un patio, une baie d’angle, des niveaux décalés ou une organisation traversante produisent encore d’autres relations.
Ces dispositifs n’ont d’intérêt que par ce qu’ils changent dans la manière de parcourir, percevoir et habiter chaque maison.
HABITER UNE MAISON CONÇUE COMME UN ENSEMBLE
Parcours, proportions, hauteurs, lumière, vues, intimité et relations avec l’extérieur ne constituent pas des qualités indépendantes.
Elles agissent les unes sur les autres.
Une ouverture modifie simultanément la lumière d’une pièce, ce que l’on voit depuis elle et sa relation avec le jardin.
Un vide transforme la hauteur d’un espace, mais peut également mettre deux niveaux en relation et permettre à la lumière de circuler différemment.
Un changement de niveau agit sur le parcours tout en distinguant des usages et en modifiant la perception des volumes.
Un patio appartient à l’extérieur tout en pouvant organiser plusieurs espaces intérieurs autour de lui.
C’est pourquoi l’expérience architecturale ne peut pas être réduite à l’addition de « beaux espaces ».
Habiter une architecture, c’est faire l’expérience d’un ensemble de relations qui donnent à chaque espace une place dans la maison tout entière.
CE QUE L’ARCHITECTURE CHANGE DANS LA MANIÈRE D’HABITER
L’architecture ne détermine pas la vie de ceux qui habitent la maison.
Elle crée cependant des conditions spatiales qui peuvent la faciliter, l’accompagner ou la transformer.
Elle peut permettre d’être ensemble sans nécessairement être dans la même pièce.
Elle peut offrir différentes formes d’intimité.
Elle peut rapprocher les espaces quotidiens du jardin, faire entrer la lumière plus profondément dans la maison ou permettre de percevoir plusieurs niveaux simultanément.
Elle peut rendre un parcours plus direct ou, au contraire, organiser une découverte progressive.
Elle peut faire d’une vue, d’un arbre, d’un patio ou d’une terrasse une présence quotidienne depuis l’intérieur.
Habiter une architecture signifie ainsi vivre dans des espaces dont les relations ont été pensées avec les usages, les perceptions et les mouvements de ceux qui les occupent.
APPROFONDIR
ARCHITECTE ET MAISON INDIVIDUELLE
Comprendre comment les besoins et les usages des occupants sont interprétés par l’architecte et transformés en espaces, parcours et relations au sein d’une maison particulière.
QU’EST-CE QU’UNE MAISON D’ARCHITECTE ?
Comprendre pourquoi une maison d’architecte se caractérise par la cohérence d’une conception d’ensemble plutôt que par un style ou une forme particulière.
ARCHITECTURE, SITE ET ENVIRONNEMENT
Comprendre comment orientation, soleil, topographie, vues, végétation et voisinage déterminent les conditions extérieures avec lesquelles les espaces de la maison peuvent entrer en relation.
DE L’EXPÉRIENCE INTÉRIEURE AU SITE
Cette page a volontairement regardé la maison depuis l’intérieur.
Elle a expliqué ce que produisent les parcours, les proportions, les hauteurs, la lumière, les vues, les degrés d’intimité et les seuils entre dedans et dehors.
Mais une grande partie de ces expériences dépend évidemment de ce qui existe à l’extérieur.
La lumière dépend des orientations et de l’environnement. Une vue dépend de la position de la maison sur son terrain. L’intimité dépend du voisinage. Une terrasse entretient une relation avec le soleil, le jardin et le paysage.
La page suivante change donc de point de vue.
Habiter une architecture explique comment ces relations sont vécues depuis la maison.
Architecture, site et environnement expliquera comment les caractéristiques du lieu — orientation, climat, topographie, végétation, vues et contexte — deviennent des données de conception.
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